La revue en ligne d'Actes Sud
   



Abécédaire
pour grands débutants
qui veulent se remettre à niveau

Source de ces fiches : communiqué de presse, résumés sur internet, conversations de bistro, couloirs d’Angoulême, couloirs de métro, librairies spécialisées, presse du cœur… le tout broyé, compilé et rafraîchi.


Christophe Blain

Christophe Blain, né en 1970, vit et travaille à Paris. Il est un des illustrateurs les plus talentueux de sa génération. Son entrée en scène dans l'édition pour la jeunesse fut très remarquée. Carnet d'un matelot (Albin Michel, 1994) était en effet le récit dessiné de son service militaire à bord de la frégate Tourville. Il y a eu aussi un Carnet du monde sur le Bengladesh et un album pour les plus jeunes, Le Noyau de Pierre (Albin Michel). Il a réalisé avec David B. La Révolte de Hop Frog (Dargaud) qui remporta le totem BD du Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil et le Prix du Salon de Brives, tandis que L e Réducteur de vitesse (Dupuis), album en compétition pour l'Alph'Art-coup-de-coeur recevait le prix de la critique à Angoulême. Pour Christophe Blain, 2001 fut l'année de la consécration, celle où il triompha avec Isaac le Pirate une série d'aventures historiques saluée par la critique, prépubliée dans Télérama, accueillie avec enthousiasme par le public et logiquement couronnée, lors de l'édition 2002 du Festival d'Angoulême, de l'Alph'Art.


Blutch

Sous le pseudonyme de Blutch, Christian Hincker, après des études artistiques à Strasbourg, a publié ses premières planches (la série Waldos Bar) dans Fluide Glacial puis à L'Association et chez Cornélius. Son entrée au mensuel A suivre, en 1996, marque la reconnaissance de son style très particulier. Blutch y avait proposé Peplum, une tragédie homosexuelle inspirée p a r Le Satiricon de Pe t r o n e. On trouve dans ses album (Mademoiselle Sunnymoon, La Lettre a m é r i c a i n e, Mitchum Vitesse moderne) ses musiciens et ses acteurs préférés (Duke Ellington Omar Sharif) ou encore ses lieux de prédilection (le café « La Palette » sis rue de Seine à Paris avec B l o t c h son personnage fétiche). Son noir et blanc expressioniste, — on a parlé de « son crayonné fouillé à la Giacometti », a d'ores et déjà élevé Blutch au rang des membres les plus éminents de la nouvelle bande dessinée française. Comme nous en prévient gentiment un de ses éditeurs : « Le lecteur sort difficilement d'un de ses ouvrages sans jeter un regard inquiet sur le monde qui l'entoure. »

Nicolas de Crécy

Nicolas de Crécy est né en 1966 à Lyon. Après un bac d'Arts-Appliqués à Marseille en 1984, il a suivi pendant trois ans les cours de l'Ecole des Beaux-Arts d ‘Angoulême section bande dessinée. Tout en travaillant dans le dessin animé en qualité de décorateur chez Disney en 1990, il a publié aux Humanoïdes Associés, l'année suivante, Foligatto sur un scénario d'Alexio Tjoyas. Cet album a reçu le Prix du meilleur dessinateur au festival d'Athis-Mons, le Prix des libraires à Genève et le Prix du Lion (Centre Belge de la bande dessinée). En collaboration avec Sylvain Chomet, il a fait paraître Léon la Came en 1995 (le Grand Prix de la ville de Sierre) cette même année. Il a collaboré avec le réalisateur japonais de Akira pour les décors de son dernier dessin animé.


Etienne Davodeau

Deux ans ont été nécessaires à l'élaboration de son récit de 100 pages intitulé Le Constat. Quelques Jours avec un Menteur, c h r o n i q u e sélectionnée pour l'Alph'Art du meilleur scénario au festival d'Angoulème en 1998, sera suivi de Le Réflexe de Survie. Son goût pour le polar politique s'affirme ensuite avec la publication de La Gloire d'Albert, et Anticyclone. Passionné par l'exploration des possibilités narratives du 9e art, Etienne Davodeau est aussi un des défenseurs convaincu de ce genre minoritaire qu'est la bande dessinée contemporaine réaliste ! Il le prouve en réalisant un véritable reportage en bande dessinée intitulée Rural ! (préfacé par José Bové) point de départ d’une collection de bédé documentaire chez Delcourt.

Julie Doucet

Née à Saint-Lambert (Québec), Julie Doucet découvre la bande dessinée dans les années 1980 pendant ses études d'Arts plastiques. Elle collabore à L'Organe ainsi qu'à Rectangle, revue de rock et de bédé f r a n c o p h o n e. En 1990, son Dirty Plotte est publié sous forme de comic book. C'est dans ces pages que Julie Doucet met au point son style personnel de narration. Elle y entretient les lecteurs de ses fantasmes (réels ou inventés) et de ses angoisses, mais aussi de ses rêves, qu'elle note dans un journal personnel. Elle accorde une place grandissante aux récits autobiographiques. Ce qui ne l'empêche pas de déclarer que « les gens qui ont l'impression de me connaître à travers ce que je fais se trompent ». Malgré les thèmes controversés qui y sont abordés Dirty Plotte est bien accueilli et Julie Doucet reçoit, en 1991, le Harvey Award de l'artiste le plus prometteur (prix décerné par l'ensemble des professionnels américains de la B.D.). Mais alors que le New York Times la qualifie de « widely admired young cartoonist », des exemplaires du comic book sont saisis par des d o u a n i e r s en Ontario, au Royaume-Uni ainsi qu'en Nouvelle-Zélande. Après des séjours aux USA et en Europe, elle vit actuellement à nouveau à Montréal.
Ses oeuvres ont été publiées dans les revues américaines Heck!, Rip-Off Comix, Wimmenès Comix, Buzzard et surtout dans Weirdo, revue fondée par Robert Crumb, le grand maître de l'underground américain, qui la citera au nombre des artistes qu'il admire le plus.
En France elle est éditée par l’Association.
http://www.bdquebec.qc.ca/auteurs/doucet/juliedoucet.htm



Dupuy & Berbérian

En 1983, Berbérian rencontre Philippe Dupuy. L'alchimie est telle qu'ils décident presque instantanément de travailler ensemble. Le duo tient toujours aujourd'hui. Leurs premiers projets communs furent un hommage à Hergé dans la revue Bande à part, puis la série Henriette, journal intime d'une adolescente. Mais la gloire et le succès n'arrivera, pour ce couple artistique virtuellement inséparable, qu'avec Monsieur Jean, magistrale série douce-amère autour d'un célibat a i r e parisien.
A travers Monsieur Jean, la trentaine taciturne, c'est toute une génération qui se fait tirer le portrait, un portrait élégant et poignant à la fois.


Emmanuel Guibert

Né en 1964, Emmanuel Guibert a commencé à dessiner très tôt. Sa maîtresse d'école avait dit à sa mère : « Votre fils ne dessine pas comme les autres enfants. Il y a dans ses dessins de la perspective, de la profondeur de champ ». Encore étudiant aux Arts Déco, il écrit avec succès des stories-board pour des vidéos clips et reçoit la commande de Brune pour Albin Michel sur laquelle il va travailler six ans.
De Brune sur l'avénement du nazisme au graphisme photoréaliste, « une parabole faustienne à la mords-moi-le-noeud avec un diable de pacotille qui fait signer un contrat à Hitler » à La Guerre d'Alan, très sobre, avec le dessin qui redevient le matériau à partir duquel il élabore le récit de son vieil ami américain combattant de la Seconde guerre mondiale, Guibert doit déployer toute l’étendue de son talent.
Publié par L'Association, La Guerre d'Alan est la biographie d'Alan Ingram Cope, un ami poète, où le dessin de l'auteur est cette fois presque allusif. « Je trouve que la bande dessinée est un mode d'expression qui convient parfaitement à la biographie ».
Depuis son passage à L'Atelier Nawak où il a noué des relations fortes avec Joann Sfar et David B pour qui il va écrire des scénarii, Guibert sait adapter son style aux textes qu'on lui confie ou bien qu'il se donne lui-même à illustrer. La Fille du professeur n'est pas Le Capitaine Ecarlate, lesquels n'ont rien à voir avec La Guerre d'Alan, les Olives noires, la série Sardine de l'espace et Ariol.
Son dernier album Le Photographe qui mélange photos de reportage de Lemercier en Afghanistan et dessin explore un nouveau territoire, une nouvelle narration.
Passant du récit de guerre au conte littéraire, de la fantaisie enfantine à la fresque à costumes, par la diversité de ses interventions, graphiques, textuelles, par ses collaborations et ses amitiés, Emmanuel Guibert est au centre de la vie de la bande dessinée actuelle. Et en plus il peut parler pendant des heures des bois gravés de Valotton, des programmes de théâtre illustrés par Bonnard et Toulouse-Lautrec, de Marcel Schwob etc...


Bruno Heitz

Né en 1957 au nord de la Loire, il prend son vélo à l’âge de 18 ans pour aller vivre en Italie. Après 700 kms de nationale 7, il arrive à Arles et y fait étape pour une vingtaine d'années. Il se consacre alors à l'écriture de plusieurs livres pour enfants, en noir et blanc, édité chez un éditeur du Vaucluse, qui les distribue dans les bibliothèques municipales. Visitant de nombreuses écoles,
il s'amuse à raconter ce qu'il voit dans le système éducatif : Le cours de récré, L'heure des mamans, Les instits. Ainsi en 1996, L'agenda du nouvel Instit raconte ce que vivent les enseignants entre les vacances. C'est avec son Privé à la cambrousse (Le Seuil) que Heitz apporte à la BD un polar rural magnifiquement campé dans les années 60.
Bruno Heitz est un dessinateur à la cambrousse au génie simple et modeste.


Jérome Jouvray

Jérome Jouvray est né le 30 avril 1973 à Oyonnax (Ain) la ville du plastique. Dans un lycée lyonnais où il est dans la section-arts-appliqués il a possibilité de s'initier à tous les domaines de l'expression graphique. Initialement, son projet des Art Déco était une bande dessinée, finalement ce sera un dessin animé. Il suit ensuite pendant trois ans les cours de l’Atelier d'illustration de Claude Lapointe à l'Ecole des Arts Déco de Strasbourg. Il y étudie l'illustration, la bande dessinée et le dessin animé. Il profite des moyens mis à sa disposition pour faire du dessin animé, persuadé que plus jamais il n'aura l'occasion d'y toucher.
Depuis son plus jeune âge, il rêvait de faire de la B.D. Il a subi l'influence de Spirou puis de Gotlib, Bilal et Moebius. Il reconnaît aussi volontiers qu'il doit beaucoup à Tardi. Il réalise plusieurs bédés pour son plaisir bien conscient déjà que le dialogue n'est pas son fort. Sa rencontre avec Denis Roland son condisciple à Strasbourg, va lui permettre d'y remédier. Ce dernier l'aide à rédiger les dialogues et, de fil en aiguille, en vient à travailler avec lui sur le scénario de ce qui deviendra Toile Cirée, leur première bande dessinée. Parallèlement, Jouvray travaille pour Arte où il réalise des bandes annonces et des génériques avec des dessins animés. Il ne cache pas sa dette à l'égard de certains studios japonais et du studio Aardman.
Pour sa dernière production, Lincoln (ed. Paquet) Monsieur Giraud, alias Moebius, en personne est allé le féliciter lors du salon d'Angoulême de 2003. Et de cela il n'est pas peut fier !


Pascal Rabaté

Après de nombreux petits boulots, Pascal Rabaté choisit la B.D. Son premier album, Les Amants de Lucie, paraît en 89 chez Futuropolis. Après Les Pieds dedans, Ex Voto, Un Ver dans le fruit, c'est surtout Ibicus, qui lui offre une véritable consécration tant publique que critique. Il lui arrive de confier ses scénarios à d'autres dessinateurs, comme ce fut le cas avec Les Yeux dans le bouillon réalisé par Virginie Broquet pour Casterman et Tartine du courant d'air avec Bibeur Lu pour Vents d'Ouest. Dans Ibicus, même éditeur, Rabaté exploite à merveille ses techniques de lavis, jouant en maître sur les aplats noirs et les jeux de lumière, et donne à l'œuvre d'Alexis Tolstoï, dont Ibicus est une adaptation, une nouvelle dimension onirique et fantasmagorique. Pascal Rabaté est un très grand nom de la bande dessinée, et Ibicus un chef-d'oeuvre de plus de 600 pages qui va bientôt, juste retour des choses, paraître en Russie.


Marjane Satrapi

En janvier 2001, dans Télérama, Cécile Maveyraud sous le titre Zazie chez les mollahs brossait ce beau portrait de Marjane Satrapi. Extraits :
… Mêler l'autobiographie à l'Histoire, voilà toute la substance du livre de Marjane Satrapi. Impossible en le lisant de rester insensible à cette gamine qui veut devenir prophète puis ne croit plus en Dieu, s'identifie à Che Guevara et lit Le Matérialisme dialectique expliqué aux enfants. Impossible aussi de rester indifférent à la manière dont elle nous raconte « de l'intérieur » les événements que nous avions suivis il y a vingt ans, via les journaux et les actualités télé : les manifestations anti-chah, les agissements de la police politique, puis le comportement tout aussi violent des gardiens de la révolution islamique (…) Fille unique d'une styliste et d'un ingénieur, la jeune femme s'inscrit dans la lignée d'une famille terriblement romanesque où se pratiquait un islam modéré, mêlé de religion zoroastrienne (…) Alors, en 1984, pour la protéger des bombardements de Saddam Hussein, mais aussi d'elle-même, ses parents l'envoie au lycée français de Vienne, en Autriche : «C'était le seul pays qui délivrait facilement un visa aux Iraniens.» L'exil sera ainsi le thème du troisième volume de Persepolis. « Au lycée, à part un punk qui lui aussi était rejeté, je n'avais pas de copains. » Elle tient jusqu'au bac. « Je n'ai pas toujours été costaude. La solitude m'a pesé. Mais je m'en suis sortie parce que je n'avais pas le choix. » (… )De retour en Iran en 1989, Marjane la frondeuse s'inscrit aux Beaux-Arts et ne peut toujours pas s'empêcher de tempêter : contre l'absurdité d'un cours d'anatomie où le modèle pose couverte des pieds à la tête par un tchador (…) Arts-Déco à Strasbourg. Puis installation à Paris. Elle qui, gamine, n'a « jamais eu de copines, parce que les filles me barbaient avec leurs poupées », se trouve tout à fait à son aise à l'Atelier des Vosges, où elle travaille en compagnie d'auteurs de B.D. comme Christophe Blain, Jean-Pierre Duffour, Joann Sfar, Emmanuel Guibert... Ses histoires pour enfants, hélas, ne séduisent pas encore les éditeurs pour la jeunesse. Ça lui laisse au moins le temps de se lancer dans le premier volume de Persepolis... Sous les conseils avisés de David B. et d'Emile Bravo, les deux auteurs talentueux qu'elle s'est choisis pour relecteurs, la débutante a appris à être intelligente et à prendre du recul.
Cécile Maveyraud
Télérama n° 2663 - 27 janvier 2001.

Joann Sfar



La trentaine, étudiant aux Beaux-Arts de Paris avec en plus une maîtrise de philo, Sfar a fait ses premiers pas dans le monde de la bande dessinée en 1994 avec Les Aventures d'Ossour Hyrsidoux et quelques histoires publiées dans la revue Lapin. En 1996, Sfar rencontre Pierre Dubois, avec qui il réalise Pétrus Barbygère chez Delcourt. Pour le même éditeur, mais cette fois en tant que scénariste, il lance la prodigieuse aventure de Donjon (série concept entre le cadavre exquis et la tragédie grecque) avec Lewis Trondheim et une ribambelle d’auteurs tant dessinateurs que scénaristes.
Joann Sfar aime peupler ses récits de personnages hauts en couleur. C'est le cas de La Fille du Professeur une histoire d'amour entre une momie et la fille d'un savant, écrite pour Emmanuel Guibert et qui a valu à leurs auteurs de remporter le Prix René Goscinny. En 2002, Sfar crée Le Chat du Rabbin. Depuis, il produit près de 15 livres par an. Un style rapide, nerveux et précis. Du journal au conte philosophique, de la grande aventure à la réflexion religieuse en passant par la biographie rêvée de Pascin, un peintre emblématique de « l'école de Paris », il explore tous les domaines narratifs. Il travaille actuellement sur des projets de film et de dessins animés et dirige une nouvelle collection pour « enfants » chez Bréal.
Le plus talentueux et le plus prolifique des auteurs de sa génération, il vient de rater d’une voix le grand prix du festival d’Angoulême 2004.

Jean-Philippe Stassen



Né en 1966 à Liège, Jean-Philippe Stassen est à la fois amoureux de sa bonne vieille Cité Ardente et voyageur impénitent. Attiré par le soleil et les gens d'Afrique, il multiplie les errances en Algérie, au Sénégal et au Burkina-Faso. C'est au cours d'un périple au Maroc qu'il échoue dans un bar tenu par un vieil homme dont le souvenir va l'obséder. De retour à Liège, le carnet plein de croquis, l'artiste confie à son complice de toujours, Denis Lapière, ses souvenirs et ses émotions.
C'est à partir de ces éléments que le scénariste écrit l'histoire de Célestin et Leila. Le Bar du vieux français sera le troisième fruit de leur collaboration. Ce diptyque se verra consacré par de nombreux prix. Avec Louis le Portugais, situé à Liège, il préfère raconter la banlieue qu'il connaît bien à travers une attachante galerie de personnages venus de l'étranger qu'ils soient amoureux, voleurs ou camés, tous sont décrits avec sensibilité, tendresse et humour.
Renouvelant l'art de la chronique en bande dessinée, Jean-Philippe Stassen laisse éclater toutes ses couleurs et se révèle comme un excellent conteur. Il le confirmera en 1999 avec Thérèse où son héroïne effectue un retour vers ses sources africaines. Il racontera ensuite à sa manière le génocide du Rwanda, dont l'horreur l'a profondément marqué, dans le superbe Deogratias, qu'il complète de carnets de voyages et de portraits dans Pawa. Son oeuvre tend un pont entre deux continents et évoque, de manière moderne et chaleureuse, les problèmes de l'immigration.